Le Papa dans la préparation à la Naissance

Je me souviens de mes  préparations à l’accouchement, il y a de nombreuses années. A l’époque on commençait à pouvoir emmener les papas au cours de préparation à l’accouchement. Ces « cours » à l’époque étaient plutôt techniques, à peine plus que le minimum à savoir sur ce qui « va nous arriver ». Il n’était pas question d’intuition, de connexion à sa féminité, de ressenti ou de préparation à l’enfantement avec son partenaire.  On apprenait à la future maman à respirer (ou plutôt à haleter) et quand le faire, quand pousser (quand on vous le dira), qu’elle ne devait rien manger dès le début des contractions, et qu’elle devait attendre qu’on lui dise quoi faire ou plutôt qu’on s’occuperait de tout… et quand le travail serait assez avancé (aucune indication sur ce que ça veut dire)  qu’elle n’avait en gros qu’à rester sur la couchette d’accouchement allongée sur le dos les jambes écartées dans les étriers, à supporter la douleur en respirant ou à demander une péridurale. Le papa pouvait assister à ses cours de préparation pour écouter, mais peu de papas venaient effectivement, car en fait il s’agissait vraiment d’information basique et technique sur ce qui se passe à l’hôpital lors d’un accouchement, et la visite d’une salle d’accouchement, qui à l’époque n’avait rien d’attrayant, c’était très médical.

De par mon travail avec beaucoup de familles au fil des années, j’ai vu lentement les choses évoluer. Je me suis intéressée à ces sujets et j’ai essayé de comprendre l’évolution et l’historique de ces façons d’accoucher et de le préparer.

Depuis le début de l’humanité (ou de ce qu’on en sait) la naissance était une affaire de femmes, qui transmettaient à d’autres femmes les savoirs et les intuitions préparant  à l’enfantement et comment l’assister. Des femmes assistaient les futures mamans durant le processus d’enfantement et des femmes également qui assistaient la maman durant les premières semaines postnatales. Les hommes étaient plutôt en marge, voir complètement extérieurs à ces choses-là. C’était le domaine féminin.

Lentement il y a quelques décennies les choses ont commencé à évoluer. Les clivages sociaux entre les domaines masculins et féminins se sont progressivement ouverts, atténués. Peu à peu les hommes ont été intégrés dans le processus de la naissance.

Au cours du 18e siècle, la naissance devint progressivement un acte médicalisé ayant lieu dans un hôpital et devint de ce fait une affaire d’hommes scientifiques, de médecins. Les médecins seuls ont pris l’autorité sur le processus de naissance, la naissance était devenue une affaire sanitaire, médicale, et a perdu son statut d’acte de vie naturel.

Les sages-femmes, des femmes sages qui à l’époque entouraient de leur savoirs et expériences les femmes donnant naissance, devinrent des sages-femmes médicales qui furent tolérées encore dans les processus de naissance hospitalières, mais les vrais spécialistes et personnes d’autorité devinrent les médecins, qui étaient au début toujours des hommes. Les sages-femmes ou infirmières étaient des assistantes du médecin, elles aidaient mais n’étaient pas considérées comme professionnelles compétentes et autonomes de la naissance.

Au milieu du 20e siècle, alors que les frontières rigides entre les rôles sociaux féminins et masculins s’ouvrent peu à peu, les  papas commencent à être admis en salle d’accouchement, mais juste en tant qu’observateurs dociles. Le bébé une fois né, avait le droit d’aller dans les bras du papa s’il le désirait (bien sûr après que les infirmières aient d’abord coupé le cordon, aient d’abord bien nettoyé le nouveau-né, pesé et fait les premiers tests), la maman, elle, bien sûr, était considéré comme trop faible, et n’y avait droit que si le papa le ne voulait pas, et encore.

La naissance passa du domaine féminin au domaine d’experts masculins où la femme n’était plus que la patiente, pour qu’enfin, de plus en plus la naissance devienne une affaire de famille. Les parents peuvent planifier, préparer et vivre le processus de naissance ensemble. Quelle différence pour le père ! (et pour la mère, car en fait, c’est une révolution pour la famille.)

Bien sûr, femmes et hommes ne vivent pas les choses de la même façon. Même si les frontières ne sont plus aussi rigides, on peut toujours dire que les hommes en général parlent moins de leurs émotions et ne recherchent pas autant le soutien ; ils sont encore bien formatés pour « manager » les situations en homme, en chef (de famille.)

La femme enceinte est, elle, déjà plus préparée par ses hormones et les processus physiologiques et psychologiques de la « grossesse » (quel terme bizarre, comme si le plus important dans le fait d’attendre un enfant était qu’on devient grosse !). La future maman devrait, lors d’un cours de préparation à la naissance de nos jours, surtout se reconnecter à son féminin, aux savoirs primaires féminins autour de la naissance, apprendre comment se passe un enfantement dans son corps et comment elle peut contribuer à le faciliter.

Le futur père observe les changements chez sa partenaire, il voit et sent les changements de son œil extérieur, mais ne les ressens pas avec son corps, en lui. Il ne peut être intégré dans le processus de naissance que si la future maman l’y invite, communique sur sont ressenti, l’aide à comprendre ce qui se passe pour elle. Et bien sûr s’il le veut.

Aujourd’hui la plupart des femmes enceintes veulent être soutenues par leur partenaire, et qu’il prenne ensuite à cœur son rôle de père. Cela est d’autant facilité si le papa est intégré au ressenti de la maman dès le début de la grossesse, s’il peut se préparer à ce qui va se passer, si le couple vit les choses ensemble. On ne devient pas papa du jour au lendemain avec des capacités paternelles et des sentiments paternels envers son bébé. Le processus de devenir père débute pendant la grossesse, il doit pouvoir savoir ce qui se passe, et ressentir à sa façon masculine ce que cela veut dire de porter puis d’accueillir un petit humain. On ne peut pas attendre du papa qu’il ait les mêmes réactions, réflexes et attitudes que la maman.

Pour que le papa embrasse son rôle de papa, il faut lui laisser la liberté d’appréhender cela à sa façon masculine. Si chacun dans le couple se prépare à sa façon mais avec l’unité de cœur, ensemble ils seront prêts à accueillir ce petit être ! En tenant compte de ce que l’autre vit. En communiquant, échangeant, passant du temps ensemble et en s’ouvrant au ressenti de l’autre. Ce processus peut se faire naturellement si le couple est en union et vit les choses ensemble, mais ce n’est pas automatique. Si nous les femmes, nous voulons que les hommes nous soutiennent et accueillent leurs enfants avec amour et compréhension,  que nous souhaitons une vie de famille qui grandit ensemble, en profondeur, il faut que nous fassions de la place à notre partenaire, il faut lui faire confiance. L’encourager à prendre sa place.

Qu’en est-il des cours de préparation à l’enfantement ? Le partenaire y a toute sa place, car lui aussi a besoin de se préparer, de comprendre ce qui va se passer au moment de la naissance, et de comprendre ce qui se joue avant, pendant et après. Il existe aujourd’hui une multitude de cours de préparation à la naissance, de toutes sortes, pour tous les goûts, en personne, en ligne, pour la femme, pour le couple, pour toutes les sensibilités.

De plus en plus de préparations à la naissance, proposent vraiment d’intégrer le papa. Ce qui paraît naturel, puisque l’enfantement n’est plus une affaire de femme uniquement, la maman souhaitant souvent être soutenue par son partenaire, et ce futur papa voulant souvent prendre une vraie part à ce processus. Il me semble donc essentiel, que les cours puissent intégrer les futurs papas de la même manière. Mais femmes et hommes ne vivant pas les choses de la même façon (rien que les hormones et les processus physiologiques qui touchent la femme ne sont pas vécus de l’intérieur par l’homme), et l’homme n’accouchera pas. L’idée n’est pas que l’homme et la femme entendent la même chose puis se débrouillent  pour y comprendre chacun sa vérité. Les préparations à la naissance peuvent très bien s’adresser aux deux, en intégrant des façons plus féminines d’expliquer les choses, et des façons plus masculines pour que  chacun puisse s’approprier ce qui est proposé.  Pour moi l’idéal serait une préparation à la naissance commune, informative, initiatique dans ce qui va se passer à tous les niveaux pour la femme et l’enfant, et comment le futur papa peut y contribuer, soutenir, jouer un vrai rôle actif. Mais en plus de cela je trouverai très intéressant de proposer des cercles de femmes, guidées par une femme, et des cercles d’hommes, guidés par un homme, pour que la femme puisse exprimer avec d’autres femmes tout ce qui lui fait peur, la travaille, la questionne, et que l’homme lui puisse également avec d’autres hommes, échanger sur ce qui le touche, le questionne, l’interpelle. Un espace commun, en couple, puis un espace de parole et de soutien entre femmes et entre hommes. Car pour un papa, exprimer ses peurs devant sa compagne enceinte, n’est pas toujours facile, de même que pour une maman de parler de ses ressentis profonds… mais le faire entouré de personnes qui vivent et ressentent les choses en partant de la même place et de la même façon d’aborder la naissance, pourrait être un atout pour compléter une préparation à la naissance.

C’est aux futurs parents et parents actuels de dire ce qui leur semble important, pour que l’espace et les possibilités soient créés pour que chacun puisse y trouver ce qu’il a besoin. Exprimez-vous, faites savoir aux personnes qui proposent des « prépas », aux sages-femmes, aux doulas etc ce que vous voulez y trouver.

Pour des naissances pleinement vécues en couple, la place de chacun doit être faite et prise. Il est temps que les femmes se réapproprient leur corps et l’enfantement, qu’elles retrouvent leur pouvoir de femmes, sans s’en remettre aveuglément à l’équipe médicale ; mais il est temps aussi que les futurs papas apprennent à les accompagner dans cette reconquête de cette merveilleuse aventure qu’est une « grossesse » ou gestation  et un enfantement. Et ensuite avancent unis sur le chemin de la parentalité.

C’est la famille du futur, ou chacun trouve la place qu’il veut prendre en accord avec l’autre. Utopie ? A chaque famille de créer l’avenir qu’elle souhaite vivre. Aujourd’hui nous avons tant de possibilités,  de multiples choix de vie sont tolérés par la société, alors c’est le moment d’être créatif ! Pour le bien des parents, mais surtout des enfants, pour le bien de la famille dans son équilibre choisi.

J’ai écrit et publié cet article en  2020 pour un blog allemand « Ich gebäre », lors du Blog-Challenge autour de la place du papa dans les préparations à la naissance. Ici c’est une version traduite et raccourcie.

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