Peut-on apprécier sa MATRESCENCE?

On entend tellement parler de difficulté de la période postnatale, du shift identitaire qui a lieu durant la matrescence, du bouleversement hormonal, et du chamboulement émotionnel, physiologique qu’elle entraîne.

Sans nier les difficultés et les challenges que la jeune maman rencontre aujourd’hui, la solitude et la pression qui pèse sur les mamans, j’observe une tendance des temps modernes, la victimisation. Cela replace les femmes dans une situation passive, fataliste et inférieure. Or ce n’est pas ce qui va les aider à se sentir bien.

La matrescence n’est pas un mauvais moment à passer pour retrouver ensuite son ancienne vie ou une version de soi avant la maternité, mais une évolution, une transformation vers une nouvelle version de soi tout en restant celle qu’on est en essence. L’expérience d’être maman enrichit chaque jour celle que tu es, et deviens.

Victimiser, déplorer n’aide pas la maman à apprécier vraiment cette période, déplorer les changements rajoute une pression de redevenir comme avant, active, attractive… Reconnaître les difficultés sans tomber dans la victimisation, écouter le vécu difficile en remettant en perspective est bien plus aidant. C’est d’écoute et d’encouragement que la jeune maman a besoin. Et de se sentir capable, puissante, tout à fait juste dans son rôle et dans son vécu de femme. C’est une partie du travail de l’accompagnante périnatale, ou de la doula, mais cela devrait être juste normal quel a société dans son ensemble, soit organisée dans ce sens. Mais avec la perte du fameux « village », du soutien communautaire des familles et de l’entourage, avec l’individualisation des cellules familiales, la jeune maman se retrouve souvent dans cette solitude et en désarroi face à ce qu’elle ressent.

Si on changeait de regard sur la maternité, la sortant de l’idéalisme et en parlant déjà en pré-conception de ce que c’est que de devenir parent, si nous femmes transmettions aux jeunes filles ce qu’est la maternité, les difficultés ne seraient pas vécues comme un fardeau mais comme une étape vers la femme que la maman souhaite être. Si notre transmission changeait le regard sur la maternité, on pourrait aider les jeunes mamans à trouver une validation dans leur vie de maman, sans se faire d’illusion sur une perfection inaccessible.

Parler de maternité avant d’être enceinte serait important. La transmission féminine n’est plus vraiment présente dans notre société, il nous appartient donc à chacune de nourrir ces conversations, d’aborder ces sujets avec les jeunes femmes, jeunes hommes, jeunes couples, avant la grossesse de préférence. Et pendant la grossesse il est bien sûr indispensable de se poser les questions sur quelle maman, quel papa et quelle famille veut-on? Il n’y a pas de réponse universelle, elle est propre à chaque cellule familiale. Mais pour faciliter la matrescence des jeunes mamans, nous avons besoin de parler ouvertement de ces sujets dans la société, entre femmes, mais aussi entre hommes, et en couple également. Une réponse à cela est le Cercle de Femmes, les Cercles Mamans-Bébés, mais aussi les Cercles d’hommes qui commencent à émerger.

Apprécier sa matrescence, sa période postnatale, c’est possible. Oui, malgré les challenges de l’allaitement, du manque de sommeil, de la « crise » identitaire qu’est la matrescence, une maman peut aimer vivre ces bouleversement. Mais cela suppose d’être écoutée, reconnue, témoignée, soutenue.

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